POLO (M.)

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Le XIIIe siècle est un grand siècle d’internationalisme. Les armées mongoles, parties de Karakorum, envahissent d’une part la Chine et de l’autre l’Asie centrale, l’Asie mineure et la partie occidentale du monde chrétien. En réunissant sous leur sceptre des régions appartenant à des aires de civilisations aussi différentes, les conquérants des steppes créent une situation exceptionnelle dans l’histoire du monde. L’absence de frontières d’un bout à l’autre de l’Asie, la paix relative qui y règne, la sécurité des routes et des ports, l’existence d’une lingua franca suscitent un intense courant d’échanges de biens et de personnes.

Grâce à certains envoyés, chinois ou européens, qui ont laissé les rapports de leurs voyages, on peut établir les itinéraires principaux selon les époques. Mais les rares personnes dont l’histoire a conservé les noms ne doivent pas faire oublier les innombrables inconnus, soldats, religieux, marchands, qui, circulant inlassablement sur ces routes, ont joué un rôle essentiel dans le développement des contacts entre les civilisations.

Un fonctionnaire de l’empereur mongol en Chine

Marco Polo est né dans une famille de riches marchands vénitiens. Entraînés par les circonstances au-delà de leurs activités commerciales, son père et son oncle s’étaient rendus en 1265 à Pékin, à la cour du khan Qubilai, fondateur en Chine de la dynastie mongole des Yuan. Considérés comme les représentants de la chrétienté, les Polo prennent le chemin du retour à travers l’Asie centrale, porteurs d’une lettre du khan pour le pape. En 1271, emmenant avec eux le jeune Marco, ils quittent à nouveau Venise, munis de présents et d’un message du pape pour le khan Qubilai. Ils arrivent à Pékin en 1275. L’empereur Qubilai les retient à sa cour et les engage à son service. Ils y restent dix-sept années. L’administration mongole, éloignant du pouvoir l’élite intellectuelle autochtone, emploie en effet, de préférence, des fonctionnaires d’origine étrangère en Chine conquise. C’est pourquoi Marco Polo, qui travaille en Chine pour les conquérants mongols, ignore tout de la langue, de l’écriture et des coutumes chinoises. Beaucoup de noms propres chinois ne lui sont connus qu’en persan ou en mongol, langues qu’il maîtrise parfaitement. On ignore quelles furent exactement ses fonctions, car il ne donne aucun détail sur ses activités, et les annales chinoises ne le mentionnent pas. On sait seulement par son récit qu’il se rendit en mission en Chine du Sud-Ouest, et peut-être au Champa et à Ceylan. Il séjourna pendant trois ans dans la grande ville méridionale de Hangzhou, où il remplissait des tâches administratives. En 1291, il est autorisé à quitter l’empire Yuan avec ses deux parents, afin d’accompagner, par la route maritime, une importante ambassade qui conduit au khan de Perse une princesse du clan de Qubilai. S’étant acquittés de cette mission, ils sont enfin de retour à Venise en 1295, après vingt-cinq années d’absence.

Pendant la guerre contre Gênes en 1298, Marco Polo est fait prisonnier. Il met à profit cette réclusion de trois ans pour raconter ses souvenirs de voyage à son compagnon de prison, Rusticien de Pise, romancier à la mode. Rédigé en français, c’est Le Livre de Marco Polo. La variété des pays décrits, la puissante organisation de la Chine, les trésors de l’Inde ont tant surpris l’Europe médiévale qu’on a longtemps cru que le Vénitien fabulait. Mais, depuis que les recherches ont permis de comparer les récits de Marco Polo à d’autres sources, on ne peut que reconnaître l’esprit d’observation, la probité intellectuelle, la prodigieuse mémoire et la largeur de vues sans prétention du grand voyageur.

Le Livre de Marco Polo

Le manuscrit original du Livre de Marco Polo est perdu, mais il reste un grand nombre de textes anciens en langues romanes, connus sous les titres de La Description du Monde , Le Livre des Merveilles du Monde , Il Milione . Au XXe siècle, la découverte d’une version plus longue mais dûment authentifiée – version dite de Ramusio – a donné un nouvel essor aux études sur Marco Polo.

Le Livre de Marco Polo se divise en trois parties: le voyage d’aller par l’Asie Mineure et l’Asie centrale avec de brèves descriptions des villes et des caractéristiques de leurs habitants; le séjour dans l’empire mongol des Yuan, qui donne lieu à de longs développements; le voyage de retour par les mers du Sud et l’Inde, avec des digressions sur le Japon et les côtes africaines. Marco Polo ne cherche pas à présenter une géographie de l’Asie, mais à raconter ce qu’il a vu ou entendu dire d’intéressant. Il se passionne pour la faune des pays qu’il traverse, relevant l’existence des animaux inconnus ou étranges, et faisant une description très détaillée et vivante des chasses mirifiques de l’empereur Qubilai. Il dépeint longuement les villes et leur architecture: Bagdad, Pékin et surtout Hangzhou, l’ancienne capitale des Song, avec ses palais et ses maisons, ses temples et ses tombeaux, ses routes, ses canaux et ses ponts. Pourtant, plus qu’aux objets sa curiosité va aux hommes et à leurs civilisations. Il ne manque jamais de préciser la religion, l’appartenance politique, la langue, les coutumes et les activités essentielles des populations qu’il rencontre. Comme pour tout chrétien du Moyen Âge, les problèmes religieux sont fondamentaux. Marco Polo s’étonne de la diversité des croyances et de la profonde tolérance qui règne dans l’empire mongol: autour du palais impérial se dressent temples bouddhiques, monastères taoïques, églises nestoriennes (plus tard la cathédrale catholique), temples manichéens, lamaïques qui, tous à égalité, essaient de s’attirer les bonnes grâces du souverain.

Ayant travaillé pendant de nombreuses années pour le gouvernement mongol en Chine, Marco Polo connaît particulièrement bien l’empire Yuan, son système politique, militaire et économique. Plusieurs chapitres sont consacrés à l’épopée des gengiskhanides, ainsi qu’à l’organisation des armées, qui fit leur puissance. Sans cacher son profond attachement pour le grand khan Qubilai, il décrit le faste de sa vie quotidienne, tant à la cour de Pékin qu’à sa résidence d’été. Les grandes fêtes qui ponctuent l’année sont l’occasion de festins grandioses où la profusion et la valeur des cadeaux faits à tous les vassaux, robes de brocart, bijoux, fourrures, soieries, firent rêver bien des lecteurs. Le Vénitien, lui, n’ignore pas les sources de revenus de l’empereur et les recettes immenses qu’il tire de l’exploitation des pays conquis, surtout de la Chine du Sud: impôts divers, monopoles, taxes commerciales. Certaines institutions chinoises, conservées par l’empire Yuan, suscitent son admiration: le système des postes, avec hôtels et relais d’État, l’organisation des pompiers dans les grandes villes, le recensement de la population urbaine, le papier-monnaie, l’organisation des marchés urbains et de la voirie.

Les contemporains de Marco Polo crurent que celui-ci avait fait œuvre d’imagination et ne soupçonnèrent pas que ses récits recouvraient une réalité. Les précisions géographiques qu’il apportait ne furent pas prises en considération, et ce n’est qu’au XVe siècle qu’elles furent largement utilisées dans le domaine de la cartographie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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